Réflexion personnelle de Philippe Boigey, DS.C. en Sciences de Gestion, UQAC

Des projets simples, je n’en connais aucun ! Ils sont tous, à différents degrés, complexes, par nature et par essence. Depuis une quarantaine d’années, le management de projet est guidé par les principes mécanistes, c’est-à-dire que ses processus de gestion et sa dynamique sont rationalisés à travers des modélisations prédéterminées de travail, de comportement, d’actions et de décisions. L’idée de l’universalité des projets, de la prévisibilité des événements, de la stabilité de l’organisation et de la lisibilité de l’action collective qui écarte l’imprévisible, l’incertitude et donc l’irréductible complexité des systèmes sociaux, n’est aujourd’hui plus tenable. Cela conduit à une remise en cause des bases conceptuelles de ce champ de recherche. Sur le terrain, les praticiens font le constat d’une persistance de problèmes tels que : le faible taux de réussite des projets, le dépassement des délais, des coûts, les difficultés de coordination et de communication, la difficulté de comprendre des concepts théoriques difficilement applicables sur le terrain par les gestionnaires de projet. A cela s’ajoute l’apparition de problèmes nouveaux qui nécessitent une autre approche du management de projet avec d’autres repères pour gérer et piloter les projets modernes. Il est temps de prendre en compte la réalité complexe du projet, la nature fondamentalement processuelle de l’organisation et la permanence du mouvement qui la caractérise.

L’actualité en management de projet réclame, depuis un certain maintenant, une conception élargie du projet que de nombreux auteurs défendent pour inscrire le projet dans un réalisme plus grand au regard des pratiques effectives. Ces auteurs s’attachent donc, à des degrés divers, à mieux cerner les implications du caractère socialement construit de la réalité organisationnelle sur les phénomènes que le projet reflète.

Insistons ici sur deux points que nous croyons fondamentaux : le projet est un processus social, la réflexivité des acteurs contribue à la réussite du projet.

Le projet moderne est vu comme un système social adaptatif complexe en perpétuel mouvement qui modifie sans cesse ses propres structures à travers les interrelations et les interdépendances entre ses différentes composantes ; des propriétés nouvelles émergent alors pour orienter l’action individuelle et collective. En replaçant ainsi au cœur de la pratique du management de projet l’individu comme acteur social coproducteur de son environnement médian et immédiat, c’est la mise à jour des mécanismes émergents de la complexité sociale qui est poursuivie pour enrichir les modèles de projets et, derrière, mieux les piloter. La prise en compte des processus de communication, en facilitant la confrontation des différents points de vue, permettra un meilleur partage du projet en cours de réalisation.

La mise en perspective des processus réflexifs des praticiens impliqués dans les projets, permet d’envisager une nouvelle exploration de la pratique susceptible d’éclairer les problèmes non résolus dans leur gestion et d’améliorer leur pilotage effectif. Pour ce faire, certains chercheurs défendent particulièrement l’idée d’une approche ouverte et pluraliste qui reposerait sur la capacité réflexive des acteurs, les poussant ainsi à s’interroger sur l’efficacité et les conséquences politiques et sociales des décisions qu’ils prennent dans le projet en appliquant des connaissances standardisées et rationalistes. La confrontation entre les règles normatives, les connaissances techniques (rationalité instrumentale), les jugements intuitifs et les expériences acquises sur le terrain (rationalité de valeurs) est envisagée comme une méthode critique alternative à la pensée dominante.

Plus précisément, l’enjeu est de développer une compréhension synchronique et englobante d’une situation de terrain à travers la mobilisation d’une réflexion active et critique, généralement participative, que relieraient la pensée, l’action et la connaissance dans un tout inséparable. Ce qui est donc favorisé ici est la mise en œuvre des processus complexes de relations de pouvoir et de communication entre les acteurs dans lesquels le langage et les symboles sont porteurs de sens et producteurs de connaissances.

Nous avons ici essayé de présenter succinctement deux points de l’actualité de la recherche en gestion de projet. S’il est clair que les projets ont besoin de guides méthodologiques et de cadres normatifs, cela reste insuffisant pour en comprendre son comportement instable et chaotique car le projet est un système dynamique en perpétuel mouvement !

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